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NFT : Les freins et les risques

Découvrez le troisième article de notre série dédiée aux NFT où nous discutons des freins et des risques qui peuvent leur être attribués.

Les Non Fungible Token (NFT) modifient la relation entre les artistes, les galeries, les musées et les collectionneurs, avec l’apparition de nouveaux intermédiaires. Cette innovation disruptive ouvre des perspectives qui vont bien au-delà de la détention d’une œuvre numérique. C’est  une nouvelle forme de contrat de gré à gré, comportant des règles prédéfinies dans la blockchain, dont l’exécution est ainsi garantie. Ces contrats sont conclus entre l’émetteur et les détenteurs successifs du NFT, contrat émis sans l’intervention d’un tiers de confiance (notaires, avocats, entreprises…).

Dans le secteur artistique, ce marché émergeant proposent des usages qui en sont, le plus souvent, au stade de l’expérimentation. Ce marché n’est pas encore réglementé : vide juridique, tant sur le plan national que sur le plan européen, absence d’instances de régulation… (Pour les usages, lire notre précédent article « Les NFT : une révolution en marche pour le marché de l’Art. »).

S’il est aujourd’hui quasi impossible de falsifier un protocole blockchain, cela n’exclut pas totalement la fraude. D’autre part, l’usage des NFT posent aussi des questions en terme pérennité à long terme, ou encore en terme de coût et d’impact énergétique. Nous développons dans le présent article les risques et les freins identifiés à ce jour.

 

Un coût « énergétique » renforcé par le risque d’image

Un rapport de la Bank of America montre que l’exploitation minière de Bitcoin utilise plus d’énergie qu’American Airlines pour transporter 200 millions de passagers chaque année. Cette exploitation émet plus de carbone que pratiquement tous les autres secteurs, et se hisse au même niveau que les constructeurs automobiles. Les autres crypto-monnaies, conçues avec des design différents, restent relativement énergivores. Cet impact carbone est aujourd’hui médiatisé et il confère une image négative aux cryptoactifs. Qu’en est-il des NFT ?

Les NFT utilisent un protocole différent de celui des crypto-monnaies. Ils requièrent des ressources importantes en l’énergie, notamment lors de l’extraction (datamining). Les études concernant le coût énergétique et l’empreinte carbone des NFT sont encore peu nombreuses et leurs méthodes de calcul ne sont pas toujours très explicites. L’ingénieur et artiste Memo Akten a analysé 18 000 NFT (émis à des fins artistiques) et a calculé à une empreinte carbone moyenne d’un NFT est équivalente à un aller-retour Paris-Rome en avion.

Les différentes études publiées relèvent le plus souvent de la prospective et présentent des résultats divergents. En effet, l’empreinte carbone dépend de la longueur et de la complexité du smart contrat. L’estimation énergétique est donc fortement corrélée à un cas spécifique et il est difficile d’extrapoler des statistiques générales.

Les plateformes de vente de NFT demeurent relativement peu transparentes quant à la consommation réelle en énergie requise pour leurs opérations. Il est également aussi difficile d’évaluer le coût de gestion à terme d’un actif donc la durée de vie peut atteindre 99 ans (durée légale maximale d’un contrat en France).

L’impact environnementale est un frein réel en terme d’image. Pour exemple, en mars 2021, la plateforme ArtStation – site hébergeant des portfolios d’art – a annoncé le lancement d’un projet de NFT. Les réactions hostiles sur les réseaux sociaux ont conduit l’entreprise à se rétracter et à renoncer au projet en quelques heures.

Cependant, nous devons appréhender avec précaution cette médiatisation. Les nouvelles technologies sont fréquemment dans la ligne de mire des organismes souhaitant mettre en avant les risques environnementaux. Les processus et pratiques ancrées de longue date dans un secteur ne sont pas forcément passés au même crible. Par exemple, la production d’une œuvre requière l’utilisation de mediums dont la fabrication peut comporter un impact non négligeable sur l’environnement (bombes de peinture, résines synthétiques, métaux, essence de térébenthine ou vernis …). De même, Les foires internationales tel Art Basel présentent un bilan carbone non négligeable (logistique, transports…).

Aujourd’hui de nouveaux acteurs lancent des plateformes moins énergivores et construisent des entrepôts de stockage alimentés en énergie renouvelable. C’est le cas de Tezos qui lance le concept de « blockchain verte ». Le coût énergétique, s’il est réel aujourd’hui, pourra à terme être réduit grâce aux avancées technologiques.

Il est donc prématuré de condamner en bloc l’usage des NFT pour leur bilan carbone, alors que nous sommes encore au début de l’histoire. Les évolutions en terme de conception pourront à terme réduire les besoins en énergie. Son utilisation s’avère donc pour l’instant plus judicieuse pour des services exclusifs, destinés à une clientèle experte (tirage limité, durée de vie courte), compte tenu du coût unitaire. Cette rareté contribuera à terme à la valeur des actifs émis.

 

La confiance dans le tiers émetteur.

Les protocoles blockchain sont sécurisés et constituent un des moyens les plus sûrs pour l’émission de contrats de gré à gré entre différents acteurs en dehors d’une structure partagée. Si falsifier une blockchain est aujourd’hui difficile, les fraudes lors de l’émission sont bien réelles.

N’importe qui peut créer un NFT à partir de n’importe quoi : vidéo, image, photos, article de journal, tweet…. La probité du tiers émetteur n’est pas garantie en l’absence de tiers de confiance, il est alors difficile d’avoir des recours. Escroqueries et vols se développent sur ce type d’actifs. Certains peuvent commercialiser des NFT dont le sous-jacent (image, vidéo, fichiers) ne leur appartient pas, et ce sur des plateformes bien réelles. De célèbres artistes ont eu leur site ou leurs œuvres piratés (Beeple, Bansky, …). Des plateformes factices peuvent aussi être mise en ligne le temps de collecter et de détourner les fonds.

Dès lors, un grand nombre de jetons émis n’auront à terme probablement aucune valeur. L’acheteur néophyte est confronté à un marché dense, extrêmement volatile, qui peut s’avérer hasardeux sans le conseil avisé d’experts. La confiance dans les émetteurs et dans les plateformes permettant la commercialisation et la revente de ces derniers sont cruciaux pour garantir la probité des transactions.

 

Les risques liés à la sauvegarde

Les plateformes de vente de NFT se multiplient. Certaines deviendront des acteurs majeurs, mais beaucoup disparaîtront. Cette incertitude sur leur devenir constitue un facteur de risque. En effet, l’œuvre vendue via un « smart contrat » n’est pas stockée dans le jeton NFT, car trop volumineuse. Dès lors, la sécurité du stockage des œuvres est un facteur de risque pour le détenteur. Et il peut être difficile de stocker une collection importante d’œuvres numériques sur des serveurs privés.

Si la start-up, émettrice des NFT, fait faillite et cesse d’héberger les œuvres numériques associées, l’acheteur du NFT devient le propriétaire d’un jeton orphelin de son sous-jacent (l’œuvre numérique) perdant ainsi toute valeur. Pour limiter ce risque, des solutions de sauvegarde sont aujourd’hui proposées par des société comme Alpeh sur les principales plateformes d’échange de NFT : Rarible, SuperRare ou Opensea. Il est crucial de s’assurer que les œuvres soient bien sauvegardées en recourant à un protocole de stockage décentralisé (IPSF). Cela permet distribuer de distribuer et de dupliquer les données sur une multitude d’espaces de stockages afin de garantir leur pérennité, créant ainsi un « Internet permanent ».

Aujourd’hui, l’acheteur n’a aucun recours en cas de perte de son jeton (s’il est stocké seulement sur son disque dur) ou si l’image numérique est perdu suite à un incident sur un entrepôt de stockage. De plus, les transactions blockchain sont anonymes et irréversibles. En cas d’intrusion sur votre ordinateur et vol, les recours pour les récupérer sont aujourd’hui presque inexistants. Les modes de conservation sécurisés ou « clef en main » sont encore à développer.

 

La durée de vie du NFT

Les NFT peuvent avoir des durées de vie variables : une durée limitée liée à certaines règles (une date d’échéance, un évènement comme un décès, …). Les NFT aujourd’hui émis sur le marché de l’Art sont le plus souvent l’équivalent d’un titre de propriété, ou d’un contrat dont la durée maximale est de 99 ans.

La technologie étant en constante évolution (nouveaux codes, nouveaux protocoles, …) à un rythme relativement soutenu,  la gestion de ces actifs à durée de vie longue, nécessitera une certaine agilité et donc des ajustements tant techniques que pratiques. Le stockage à long terme des NFT impose des contraintes fortes, et de fait, comporte un certain nombre de risques. Un certain nombre de questions sur la pérennités des NFT n’ont pas encore été posées.

En terme de succession, la gestion de ce type d’actifs d’un point de vue patrimonial n’a pas été encore appréhendée. Si ces actifs peuvent présenter un intérêt immédiat du fait d’un vide juridique sur la fiscalité à appliquer, la déclinaison opérationnelle de la transmission n’est pas encore bien clarifiée.

 

La phase spéculative

Le marché de l’Art pèse environs 68Md$ et la demande pour tout ce qui veulent défiscaliser est bien plus importante que l’offre. La valeur d’une oeuvre se fait «sous le marteau ». Seules les cessions ou les mises aux enchères déterminent la valeur vénale d’une oeuvre, car elle n’a pas de valeur intrinsèque. La valeur varie considérablement au fil du temps selon les modes, les tendances, la rareté, la médiatisation des artistes. Une exposition dans un musée, l’absence d’œuvre sur le marché, la mort de l’artiste limitant la production, … Autant de facteurs qui joueront sur la cote des artistes.

Le marché des NFT est dans une phase extrêmement volatile et spéculative liée à la nouveauté du marché. L’appât du gain est le principal moteur aujourd’hui des investisseurs de NFT dans le secteur de l’Art.

D’après une étude du cabinet Hiscox France, plus de huit acheteurs de NFT sur 10 (82%) ont déclaré que le potentiel de valeur était leur plus importante motivation. Presque tous ceux qui ont dépensé plus de 25 000 $ en NFT au cours des 12 derniers mois (95%) ont répondu que le retour sur investissement constituait leur principale motivation.

Dans cette quête de profits, les enchères sur un NFT peuvent être artificiellement gonflées par des contreparties « factices » dans un but spéculatif. En effet, les plateformes n’offrent qu’une relative transparence sur les émetteurs des actifs et sur les intervenants participant aux enchères. Ces pratiques existent sur le marché physique des ventes, mais l’effet est démultiplié par la dématérialisation.

Cette tendance spéculative est d’autant plus avérée que le marché ne séduit pas les amateurs d’Art. Le NFT n’est pas encore reconnu des amateurs, leur valeur artistique restant à démontrer. Cette vision s’explique par le fait que le grand public confond souvent le NFT qui n’est qu’un support contractuel (certificat) avec l’œuvre numérique vendue par ce biais. Le marché des NFT séduit donc principalement une nouvelle clientèle en recherchent d’investissements lucratifs. (voir à ce sujet l’étude approfondie de Hiscox France - Courtage).

Enfin, la valeur actuelle des NFT est encore fortement corrélée à l’évolution des crypto-monnaies, puisque bien des plateformes commercialisant des NFT ne proposent que le paiement en crypto-monnaies.

 

CONCLUSION

Les risques et les freins mis en avant dans la majorité des d’articles ne sont pas l’apanage du marché des NFT, mais ils relèvent des risques et des fraudes classiques qui concernent toutes les transactions sur internet. Les quelques risques spécifiques sont inhérents à la qualité des acteurs et à la transparence des plateformes. Ces risques seront moindres à terme. Il est clair que ce marché gagnera en stabilité et en sécurité avec la constitution d’acteurs reconnus pour leur expertise et leur fiabilité.

Si les NFT sont une opportunité modifiant la relation entre artistes et collectionneurs, ils restent une solution complexe et onéreuse, qui en l’état s’avère être plus adaptée pour des montages sur des actifs de qualité garantissant une certaine valeur financière pour amortir le coût généré par les transactions (émission, vente, conservation, revente).

La fièvre autour des NFT est liée à l’expérimentation de la nouveauté. La folie spéculative de certaines transactions repose essentiellement sur des opérations médiatiques, comme le manifeste anti-raciste ayant motivé l’achat de l’œuvre de Beeple. C’est  une bulle spéculative extrêmement volatile dans l’esprit de la Tulipomania du Siècle d’Or.

Le marché procédera tôt ou tard à une correction en gagnant en maturité. Les législations encadreront progressivement les pratiques du marché pour assurer un minimum d’obligations et de garanties.

 

Auteur : Florence DUGAS

Manager Finance à Talan Consulting

Animatrice du club Arts et Culture de NEOMA Alumni

 

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